Qui êtes-vous, personnages qui peuplez l'univers artistique d'Anne Saint Girons ? Femme gironde, bourgeois de Calais décharné, corps dénudés, visages diaphanes, je vous reconnais sans vous connaître, je retrouve en vous l'essence même de l'humanité…

 

Si souvent vos corps s'inscrivent dans le cercle, cet espace poétique du cycle de la vie qui vous modèle, vous semblez pourtant vouloir vous en échapper -une main tendue vers celui qui vous dévisage : invitation ou tentative d'évasion du temps qui passe et laisse sa marque indélébile sur les anatomies ? Votre nudité n'a pas vocation à choquer, uniquement à représenter une réalité sans concession, loin des clichés photoshopés, sans effacer les plis et les replis de la vraie vie.

 

Vous êtes là, face à moi, dans le plus simple appareil, et parfois, je me demande : est-ce moi qui vous regarde ou bien vous qui m'observez ? Nos regards se croisent, tout comme vos destins semblent s'entrechoquer ou s’entremêler, sans qu'on sache  réellement les liens qui vous unissent : amies, amantes, mère et enfant, peu importe finalement. Vous laissez ouvert le champ des possibles… Libre à nous d'imaginer la vie rêvée de celles et ceux qui naissent sous les pinceaux d'Anne et dont les corps s'entrelacent à travers les lignes pures tissant des trames et nouant d' invisibles liaisons d'un être à l'autre.

 

Loin de l'apologie ou de la dénonciation politique, vous nous offrez des instants cristallisés de votre intimité , la grâce sensuelle d'une chevelure relevée dévoilant une nuque, une mèche échappée,   l'intensité d'un regard. Chacun de vos portraits nous dévoile une féminité singulière et plurielle, unique et universelle. Sous vos traits se révèlent tour à tour une infinie délicatesse et votre indéniable force, éternel paradoxe féminin. Vos regards sans fard chargés d'histoire et d'histoires, l'infime crispation d'une bouche qui en dit tant dans un silence assourdissant, trahissent à peine vos secrets, les joies et les blessures qui ont creusé sur votre visage ces lignes infimes et si précieuses au coin des yeux, au bord des lèvres.

 

Nus face à nous, légèrement vêtus, corps abandonnés au sommeil, zestes d'humanité sensibles et sensuels, sans fioriture superflue, vous êtes des êtres sans avoir, le miroir de nos états-d'âmes en qui chacun, quelque part, se reconnaîtra.

 

Anne-Laure Revoy, écrivain